Endoscopy 2014; 46(06): 631
DOI: 10.1055/s-0034-1367642
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Commentaire de travail de Choi et al., pp. 465

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Publication Date:
30 June 2014 (online)

 

Nam-Kyong Choi, Joongyub Lee, Yoosoo Chang, Ye-Jee Kim, Ju-Young Kim, Hong Ji Song, Ju-Young Shin, Sun-Young Jung, Yukyong Choi, Jin-Ho Lee, Byung-Joo Park. Acute renal failure following oral sodium phosphate bowel preparation: a nationwide case-crossover study.

Commentaires: Dr Emmanuel Coron, Franck Chollet, Alain Lachaux, Gilles Lesur, Maxime Palazzo

Les préparations coliques à base de phosphate de sodium sont largement utilisées dans le monde mais peuvent favoriser la dégradation de la fonction rénale. Néanmoins, le risque d’insuffisance rénale aiguë reste mal précisé au sein des différents sous-groupes de patients et les études de sécurité d’emploi n’ont pas permis, à ce jour, de déterminer l’amplitude de ce risque.

L’étude de Choi et al. est une étude coréenne visant à déterminer l’imputabilité de la prise des préparations coliques par solution de phosphate de sodium dans la survenue d’épisodes d’insuffisance rénale aigüe. L’intérêt majeur de cette étude est qu’il s’agit d’une étude nationale qui s’est basée sur les codes de remboursement de la sécurité sociale coréenne, donc basée sur les chiffres de la pratique courante et couvrant l’ensemble du territoire. Afin de réduire les biais potentiels liés à la prise d’autres médicaments et aux co-morbidités pouvant dégrader la fonction rénale, cette étude a pris différentes périodes “contrôle” pour chaque patient avant la survenue de l’insuffisance rénale. Il s’agit donc d’une étude en cross-over ou chaque patient était son propre témoin, visant à répondre à la question: “la survenue de l’insuffisance rénale était elle liée à un événement particulier survenant dans la période l’ayant immédiatement précédée ?”. Entre 2005 et 2009, elle a identifié 35586 patients âgés de plus de 50 ans qui ont été hospitalisés pour premier épisode d’insuffisance rénale aiguë. Parmi eux, 1105 patients ont reçu une préparation colique par phosphate de sodium. Il faut noter que l’âge moyen était relativement élevé avec 50 % des patients ayant de plus de 70 ans. De même, 60 % des patients avaient au moins trois comorbidités (dont 13 % d’insuffisance rénale chronique). En prenant comme période de référence la semaine précédant la survenue de l’insuffisance rénale comparée à 4 autres périodes d’une semaine pour le même patient, la prise de phosphate de sodium était le facteur de risque le plus important (OR 3,7) pour la survenue de l’insuffisance rénale. De manière un peu plus surprenante, l’association entre prise de phosphate de sodium et insuffisance rénale aigüe restait significative quelque soit l’âge (< 65 vs ≥ 65 ans) ou le nombre de comorbidités. Notamment, même en excluant les patients ayant une insuffisance rénale chronique, le lien de causalité entre prise de phosphate de sodium et insuffisance rénale aigüe restait important avec un odds-ratio estimé à 2,5.

Les auteurs concluent qu’à ce jour, la préparation par phosphate de sodium devrait être réservée aux patients n’ayant pas de co-morbidité et pour lesquels les autres modalités de préparation colique ont été jugées comme inefficaces ou ont été refusées par le patient. Quoi qu’il en soit, les résultats de cette étude qui reflète les données obtenues en pratique courante à l’échelon national coréen incitent donc à une grande prudence en ce qui concerne la prescription de phosphate de sodium. Ils renforcent également la position de la société européenne de gastroentérologie (ESGE) qui a publié récemment des recommandations en ce sens concernant les règles de préparation colique (Hassan et al., Endoscopy 2013; 45: 142 – 50).