Endoscopy 2019; 51(03): S13-S14
DOI: 10.1055/s-0039-1680868
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Georg Thieme Verlag KG Stuttgart · New York

Hétérotopie de la muqueuse gastrique (HMG) de l'oesophage proximal: une entité encore méconnue?

A Sarhani
1  Rabat, MAROC
,
T Paupard
2  Dunkerque
› Author Affiliations
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Publication History

Publication Date:
12 March 2019 (online)

 

Introduction:

L'hétérotopie de la muqueuse gastrique (HMG) correspond à un îlot de muqueuse gastrique au sein de la muqueuse oesophagienne. Ces foyers peuvent siéger tout au long du tube digestif et rarement au niveau du tiers supérieur de l'oesophage. La physiopathologie de l'HMG au tiers supérieur de l'oesophage reste mal connue. Elle semble différente de celle de l'endobrachyoesophage (EBO). Deux hypothèses existent, mais la 2ème est considérée comme la principale: 1) Une pathologie acquise en association à un reflux gastro-oesophagien comme pour l'EBO; 2) Une malformation congénitale constituée très tôt au cours de l'embryogénèse. La prévalence de l'HMG de l'oesophage proximal est mal connue et est estimée à environ 3% des patients examinés par gastroscopie.

L'objectif de ce travail est d'estimer dans notre centre la prévalence de l'HMG, les signes cliniques, endoscopiques, les aspects microscopiques et les différents facteurs épidémiologiques associés à partir d'une courte série rétrospective.

Patients et Méthodes:

Tous les patients d'un seul centre d'endoscopie avec une HMG du tiers supérieur de l'oesophage ont été inclus sur une période d'évaluation de 5 mois. Toutes les lésions vues en endoscopie ont été confirmées par l'analyse histologique. L'examen endoscopique était réalisé sans coloration spécifique.

Résultats:

736 malades ont bénéficié d'une gastroscopie pendant 5 mois (entre mai 2018 et septembre 2018), Une HMG du tiers supérieur de l'oesophage a été découverte chez 10 malades. Il s'agissait de 8 hommes et de 2 femmes avec un âge moyen de 55 ans (extrêmes: 26 et 69 ans). Deux patients sur 10 étaient tabagiques. L'endoscopie digestive haute était demandée pour des manifestations cliniques de reflux gastro-oesophagien chez 8 patients. Les deux autres indications concernaient un bilan d'anémie ferriprive, une recherche de signes d'HTP. Les manifestations cliniques étaient dominées par une dyspepsie (66%), des épigastralgies (50%), un pyrosis (33%) et des régurgitations (16%). Les lésions endoscopiques associées à l'HMG étaient les suivantes: gastrite (7/10), hernie hiatale (1/10). Les lésions d'HMG apparaissaient sous la forme d'ilots arrondis, suspendus, de couleur «rouge saumon», bien délimités, mesurant en moyenne 1.75 cm (extrêmes: 1.5 et 2 cm), au nombre de 2 dans 50% des cas, siégeant en moyenne à 17,5 cm (extrêmes: 13 et 20 cm) des arcades dentaires. L'étude histologique confirmait l'aspect de cellules glandulaires typiquement fundiques, avec présence de métaplasie intestinale dans 30% des cas au sein de l'HMG. Un seul patient avait une infection à Hélicobacter pylori. Aucune dysplasie n'était visualisée au sein de l'HMG.

Conclusion:

L'HMG de l'oesophage proximal constitue une anomalie bénigne découverte le plus souvent de façon fortuite en endoscopie. Dans notre courte série rétrospective la prévalence estimée est de 1,3% avec une nette prédominance masculine. Aucune dysplasie n'a été mise en évidence. Ne s'agissant pas d'une étude prospective, dans notre centre la prévalence est surement sous-évaluée.

Ainsi, au cours d'une gastroscopie, un examen attentif du tiers supérieur de l'oesophage au retrait de l'appareil est indispensable, pour dépister d'éventuelles plages d'HMG. Les biopsies doivent être systématiques pour confirmation du diagnostic et recherche de dysplasie. L'HMG reste méconnue, sous-estimée et de diagnostic difficile. En raison de données de suivis évolutifs insuffisantes dans la littérature, sa prise en charge reste débattue et pourrait s'apparenter à celle de l'EBO pour la surveillance et la prise en charge thérapeutique, notamment en cas de symptômes ou de dysplasie avérée.